Intervenant LGM: Sylvain Estager
Le 17 octobre 2013,
Monsieur le Président,
Monsieur le Recteur,
Permettez nous d’abord M. le Recteur, de vous souhaitez la bienvenue. A à titre personnel bien sûr ; mais nous saluons aussi le retour d’un Recteur au sein de cette Assemblée… Un retour qui, d’une certaine façon, symbolise le changement de cap opéré, de façon claire, par l’Etat sur sa politique scolaire.
Je ferais court sur le nouveau contexte qui accompagne cette politique en soulignant juste :
que l’Ecole n’est plus une cible comptable mais qu’elle redevient une priorité ;
que l’ambition affichée est celle de l’équité scolaire, de la réussite pour tous, et de la réduction des inégalités sociales et territoriales en matière d’éducation ;
que la rupture avec les gouvernements de l’ère Chirac-Sarkozy est- en ce domaine-incontestable.
Evidemment, vous l’avez compris, nous appuyons la philosophie et les objectifs qui président à la politique que vous nous présentez.
Toutefois, nous tenons à formuler quelques remarques sur leur traduction immédiate et sur les perspectives à court et moyen termes.
D’abord, au niveau des dotations en postes dans l’académie.
La logique de suppressions massives a été stoppée.
Près de 300 postes ont même été créés pour cette rentrée.
Mais il convient de ne pas perdre de vue qu’en dix ans ce sont près de 8000 postes qui ont été supprimés. Indépendamment des fluctuations du nombre d’élèves scolarisés. La chose s’est traduite par une baisse drastique du taux d’encadrement, baisse proportionnelle au nombre de postes supprimés.
Globalement le H/E a diminué en moyenne de 15%dans les établissements. Concrètement, pour traduire cette approche technique, cela veut dire que lorsqu’un enseignant dans était devant 28/29 élèves il ya dix ans ; tout le monde s’accordait à dire que dans l’intérêt des élèves il fallait viser l’objectif 24/25 ;
Résultat : sur le terrain, aujourd’hui, nous sommes à 33/34…
Alors,
si nous projetons l’effort réalisé cette année sur les dix prochaines, à même proportion, nous voyons bien que le compte n’y est pas, pour notre académie qui a été la plus maltraitée depuis dix ans.
Le gouvernement renonce -t-il a revenir à des taux d’encadrement raisonnés et raisonnables?
La question est essentielle car nous n’avons cessé dans cette assemblée de dénoncer les effets ravageurs des politiques précédentes dont a été victime le système éducatif.
J’insisterais sur deux exemples, très significatifs dans la Région :
-La scolarisation des moins de trois ans.
Elle a longtemps été une spécificité régionale. Trois fois plus d’élèves scolarisés que dans le reste du pays.
Il s’agissait d’une vraie ambition, réponse aux caractères urbains et sociologiques de notre population.
Votre prédécesseur, dans cette assemblée, avait désigné cette tranche d’âge comme une cible privilégiée pour mettre en œuvre la suppression des postes.
Au moins, sur ce point, le propos était sincère.
Ainsi nous vous demandons M. le Recteur, quelle est votre ambition sur cette question ; va-t-on réactiver ce levier essentiel pour corriger les inégalités sociales face à l’éducation dès le plus jeune âge ; si oui, quels moyens seront associés à cette ambition ?
-Deuxième exemple : la question du décrochage.
Nous battons, hélas, tous les records.
Vous héritez de cette situation avec laquelle vous devez composer.
Disons les choses clairement ; la réalité du décrochage et son évolution récente sont une honte pour l’académie.
Si on replace cela dans une perspective historique, au sein du NPDC nous avons plus d’un siècle de progrès sociaux, d’émancipation par l’Ecole de la République - un coup d’arrêt- une inversion -puis dans les dix dernières années une accélération de la nouvelle dynamique : L’Ecole sélectionne davantage, l’Ecole exclut davantage, l’Ecole se détourne des publics les plus fragiles.
Parmi les 17 objectifs déclinés dans votre projet académique, vous visez dans l’un deux à : - je cite- « sécuriser les parcours en réduisant le décrochage scolaire »
En réponse à ce constat, vous déclinez une série de mesures pour « réduire » ce décrochage :
« Développer l’estime de soi des élèves ; repérer les décrocheurs ; adapter les pédagogies ; développer certaines activités, certains dispositifs… »
En toute franchise, les moyens que vous annoncer d’évidence ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Ils contournent l’essentiel :
La lutte contre le décrochage ne doit pas être un objectif parmi les autres mais bien l’objectif prioritaire, au regard des conséquences induites.
Là aussi il faut des moyens, là aussi, nous craignons que le compte n’y soit pas.
Alors de la maternelle, à l’Université – toute la chaîne éducative a été malmenée ces dernières années.
L’Etat a largement démantelé la scolarisation des moins de trois ans, à l’autre bout de la chaîne, nos Universités ont été oubliées.
Aujourd’hui, nous aspirons à ce que dans la Région une véritable rupture se produise.
Qu’on nous rende les moyens auxquels notre population a droit.
Que la politique nationale s’accorde avec celle de la Région ou de nos départements.
Si la politique scolaire est plus que jamais une priorité pour la Région, que l’Etat l’intègre pleinement et qu’il soit lui aussi à la hauteur de cette ambition.
Car en effet, le Conseil Régional a bien été au rendez-vous de sa politique scolaire, même si pour notre groupe nous regrettons toujours deux aspects que je rappelle ici :
- d’abord qu’une vraie politique de réductions des inégalités territoriales en matière d’accès à la culture, aux sports, aux activités récréatives… ne soit pas mise en place, pour les établissements situés au sein de territoires moins dotés en structures dans ces différents domaines.
- ensuite que la priorité ne soit pas clairement donnée aux établissements publics.
Selon la formule consacrée, souvent entendue, rarement intégrée :
« Il ya deux Ecoles dans la République, il n’ya qu’une Ecole de la République ».
Pour conclure Monsieur le Recteur,
Oui, nous actons que l’ambition scolaire a bien été restaurée.
Mais attention à bien prendre la mesure des enjeux véritables qui sont aujourd’hui ceux de l’éducation, à tous les âges. A l’image de ce qui est en train se produire sur la réforme des rythmes scolaires, nous redoutons que le gouvernement passe un peu à côté des vraies priorités du moment. A savoir : avant tout, remédier aux effets ravageurs des politiques précédentes, mais surtout défendre une Ecole publique, outil au service de la réduction des inégalités sociales et territoriales et surtout porteuse d’avenir pour nos habitants.
Je vous remercie.